Informations générales

Informations locales

Agenda

Agenda permanent

Commerces gosseliens

Accueil

El Bourdon n°600

El Bourdon n°600

Il-a zunè pus d’ chîs cints côps...

Une rencontre sur un trottoir

Un jour de 1949, Félicien Barry (1899-1985) promenait son chien non loin de l’École Cobaux, à Charleroi, au moment où Henri Van Cutsem (1884-1958), le directeur de cet établissement scolaire, en sortait et la conversation s’engagea.
« On s’arète, on bèrdèle, on canlète dè ci èt d’ ça. A in momint donè, i m’intèrpèle: « Pouqwè n’èrcouminch’riz nén Èl Châriguète? »
On m’aveut d’dja pôsè l’ quèssion. Dj’î aveu pinsè, mins trop d’astôdjes bârît l’ tchumin... d’in si bia rève.
« On vos don’ra in côp d’ mwin a l’Assôciâcion... » » *
Les deux hommes se connaissaient de longue date car tous les deux avaient consacré leurs énergies à l’édition de périodiques wallons dans la région carolorégienne. Henri Van Cutsem avait notamment édité L’Hûlaud d’ Châlèrwè (1922-1928) et avait collaboré à Èl Chariguète (1933-1940) fondée par Maurice Lixon (1902-1984) et qui était imprimée dans les ateliers de Félicien Barry.
Le déclenchement de la seconde guerre mondiale mit fin à la parution de ce périodique de qualité si bien que la région carolorégienne se trouva privée d’une revue littéraire wallonne durant plusieurs années si l’on excepte les éditions de l’annuaire Pro Wallonia de l’Association littéraire wallonne de Charleroi (ALWaC).
À la suite de cette conversation impromptue, Félicien Barry se (re)mit à la tâche et à l’occasion des Fêtes de Wallonie de septembre 1949, il rendait public un nouveau mensuel à la présentation particulièrement soignée, périodique qu’il avait baptisé èl bourdon d’ Châlèrwè, allusion au bourdon de l’Hôtel de Ville de Charleroi et à l’hyménoptère qui bourdonne comme ronflait par le passé Èl Chariguète ‘La Toupie-Sabot’.

Une entreprise ardue

En principe, l’ALWaC fournissait les textes wallons à Félicien Barry qui se chargeait de les «harmoniser», de les imprimer et d’assurer la diffusion de la revue où ils étaient publiés. C’était là une tâche ardue car on n’envisageait pas à l’époque une subsidiation des pouvoirs publics et Félicien Barry devait se consacrer à son «bourdon» une fois ses autres tâches d’imprimeur accomplies. Il devait bien souvent aussi «boucher les trous» par des textes de sa plume qu’il signait de divers pseudonymes pour donner le change.
Pour boucler les numéros de ce qui allait rapidement s’appeler èl bourdon d’ Châlèrwè èyèt co d’ayeûrs, Félicien Barry donna beaucoup de lui-même comme il l’écrivit par ailleurs.
« Pou min.nér l’ Bourdon a bén, dj’é tout sacrifyî: lès bons dîmègnes di pèche qui dj’ passeu ô grand-ér´ a l’ètang d’ l’abî d’Ône. Dji n’é pus trouvè l’ tins di scrîre ène seûle ligne pour mi, dj’é tél côp roubliyî mès d’vwêrs di chèf di famîye, trop ocupè qu’ dj’asteu a copyî dès-adrèsses, a rèsponde a dès bourdoneûs, a djouwér contâbe, a ramonç’lér lès bounès-eûves walones di mès confréres... Èt insi, tous lès djoûs du calandiér !... Dj’î l’ Mésse Bourdon a plin !... Dj’asteu pris come dins-in r’ cèp´»*
Les choses furent rendues encore plus difficile pour lui, en 1959, et cela en raison de problèmes avec son cousin et associé Pierre Héraly. En fin de compte, Félicien Barry dut quitter l’imprimerie qu’il avait fondée et il dut confier l’impression du mensuel à d’autres maisons carolorégiennes.
Sa collaboration avec l’ALWaC n’en demeura pas moins fructueuse; èl bourdon était devenu l’organe officiel de cette dernière association et de nombreux écrivains qui en étaient membres se virent publier par les Éditions du bourdon qu’avait créées l’infatigable Félicien.
Pourtant, le poids des ans se faisait sentir et en juin 1970, èl mésse bourdon, après avoir assuré la livraison du numéro 230 de sa revue passait la main à l’imprimerie Scaillet dont les propriétaires n’eurent pas la patience militante de Félicien Barry. En effet, après avoir fait paraître une vingtaine de numéro du périodique, ils cessèrent d’en assurer la publication.

L’ALWaC au secours

On était en 1972 et devant la menace de voir disparaître son «organe officiel», l’ALWaC présidée par Émile Lempereur (1909) reprit à son compte la publication avec comme éditeur Armand Deltenre (1924-2005). Le périodique changea de format et ne bénéficia de plus d’illustrations.
La revue avait certes perdu de son cachet mais par bonheur, le contenu littéraire, avait conservé sa qualité.
Ce «premier petit bourdon» parut jusqu’en décembre 1976. Les conditions matérielles devenant de plus en plus difficiles, l’ALWaC dut se résoudre à passer à la «polycopie» au format A4 à partir du numéro 292 de janvier 1972; Émile Lempereur assurant, dès lors et quasiment seul, la charge éditoriale avec un dévouement qui n’empêcha pas des retards de parution de plus en plus fréquents, lot de toutes les publications assurées par des bénévoles, dans des conditions financières des plus précaires.
Un «second petit bourdon»
En janvier 1972, paraissait le numéro 372 de la revue. Cette fois, elle était photocopiée au format A5 par les soins de l’Imprimerie provinciale sous la responsabilité éditoriale de Jean-Luc Fauconnier.
Progressivement, la revue put améliorer sa présentation – des illustrations furent réintroduites – et grâce à une augmentation des subsides de la Communauté française de Belgique, elle fut à nouveau « imprimée » de manière professionnelle par les Ateliers du Manoir à Marcinelle, cela à partir du numéro 418 de septembre 1989.
Quelques temps après – en janvier 1990, numéro 422 – le mensuel se dotait de la couverture qui est encore la sienne à l’heure actuelle, couverture sur laquelle furent introduites des illustrations en couleur au cours de l’année 1999.
Afin d’assurer une diminution des « frais incompressibles de composition » ainsi qu’une diffusion plus large, les éditeurs de èl bourdon tentèrent de mettre sur pied des synergies avec des éditeurs de périodiques wallons similaires. En cette occurrence, de nombreux contacts furent pris et ceci amena à la publication, en début 2002, de walons, ce qui aurait dû être une importante revue trimestrielle panwallonne dans laquelle se seraient fondus tous les périodiques littéraires wallons. Ce fut un échec. On n’évoquera pas longuement ici le « campanilisme réducteur » ou la « frilosité sousrégionaliste ». Il semble qu’alors, les esprits n’étaient pas encore prêts. Ceci ne découragea pas les Hennuyers puisqu’à la fin 2003, Les Scriveûs du Centre, éditeurs de Èl Mouchon d’Aunia et l’ALWaC, éditrice de èl bourdon, décidaient de fusionner leurs publications en conservant néanmoins une couverture particulière. Et c’est donc en janvier 2004 que paraissait le premier numéro des revues sœurs.
Dans le Hainaut, on parle wallon mais aussi le picard. Malheureusement, les auteurs qui usent de cette langue ne disposaient plus guère d’un organe éditorial en ce début de XXIe siècle.
Cette constatation amena les responsables de èl bourdon et de Èl Mouchon d’Aunia ainsi que quelques picardisants dynamiques d’ouvrir la publication-sœur à des écrivains picards du Hainaut et, afin de ne pas verser dans l’« impérialisme wallon », ils proposèrent à ces auteurs la création d’une autre sœur qui fut baptisée A no boutique et dont le numéro 0 parut en décembre 2006.
À l’heure actuelle, le tripode èl bourdon, Èl Mouchon d’Aunia et A no boutique propose tous les mois, sous trois couvertures différentes, un même contenu de 56 pages ou se mêlent des textes littéraires wallons et picards avec des informations relatives à la vie des langues régionales ici et ailleurs... La porte demeurant ouverte à ceux qui voudraient adjoindre des pieds supplémentaires à ce tripode.
Un bilan...
À l’occasion de la sortie des numéros jubilaires précédents, furent élaborés de riches bilans relatifs aux activités éditoriales de èl bourdon. On ne va pas livrer à d’arithmétiques cocoricos quelques peu redondants, mais on rappellera que dans les 600 numéros de èl bourdon furent publiés des milliers de textes littéraires de la plume de centaines d’auteurs différents, auteurs originaires de la région carolorégienne mais aussi de la Basse-Sambre et même du Borinage.
On ajoutera que, fidèle à une tradition qui remonte à Félicien Barry, èl bourdon est aussi une maison d’édition qui depuis 1992 a publié près de quarante volumes – pour la plupart des recueils de poésies ou de proses d’auteurs hennuyers ou namurois –, et qu’en cette occurrence, elle s’est intégrée, depuis 1999, à Èl Môjo dès Walons, une organisation qui regroupe bon nombre d’associations qui militent pour la défense et la promotion de l’ouest-wallon et du picard hennuyer.
Au moment où les langues régionales – que ce soit le picard ou le wallon –, sont de plus en plus menacées dans leur aspect oral, elles n’en demeurent pas moins un vecteur littéraire fort pratiqué. Sans aller jusqu’à dire que l’avenir du wallon et du picard réside dans la littérature – considérant aussi le théâtre et la chanson comme des vecteurs littéraires –, force est de convenir que c’est là, par bonheur, ce que ces langues régionales trouvent un refuge. Mais jusqu’à quand... si on ne se décide pas à leur donner une place dans notre enseignement. Si nous n’y veillons pas, èl bourdon et ses sœurs n’auront plus de lecteurs et nos langues régionales n’auront plus de locuteurs!
Jean-Luc Fauconnier
* Extraits du journal inédit de Félicien Barry, Istwêres d’in scrîjeû walon.
èl bourdon en quelques date et en quelques chiffres
  • 1 à 251 (septembre 1949 à juillet 1972) imprimé – 27x21,5 – 20 pages.
  • 252 à 291 (janvier 1973 à décembre 1976) imprimé – 24x16 – 24 pages.
  • 192 à 371 (janvier 1977 à décembre 1984) polycopié – 27,5 21,5 – 16 pages.
  • 372 à 417 (janvier 1985 à juin 1989) photocopié – 21x14 – 52 pages.
  • 418 à 561 (septembre 1989 à décembre 2003) imprimé – 21x14 – 32 pages.
  • 562 à 591 (janvier 2004 à décembre 2006) imprimé – 21x14- 48 pages
  • coopération avec Èl Mouchon d’Aunia.
  • 592 à — (janvier 2007 à — ) imprimé – 21x14 – 56 pages
  • coopération avec Èl Mouchon d’Aunia et A no boutique.