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Coquia èyèt Mésse Coq

Un projet détourné

Coquia 2

En 1999, èl Môjo dès Walons avait souhaité assurer une présence ludique du wallon sur les antennes d’une télévision locale. L’idée était de faire dialoguer deux marionnettes, l’une s’exprimant en wallon et l’autre en français, chaque dialogue se concluant sur un proverbe wallon traditionnel.
            Le graphiste Jacques Raes fut sollicité pour dessiner les deux protagonistes, la rédaction des dialogues étant confiée à Jean-Luc Fauconnier.
            Le projet ne put se concrétiser, mais l’idée semblait intéressante à creuser. Après réflexion, il apparut que l’on pouvait créer une bande dessinée avec les deux héros, bande dessinée qui pourrait paraître en feuilleton dans èl bourdon, le mensuel de l’Association littéraire wallonne de Charleroi, et organe officiel de èl Môjo dès Walons.
            C’est dans le numéro de janvier 2000 du périodique que parut la première livraison de Coquia èyèt Mésse Coq.
            Coquia, c’est le gentil coq que Jacques Raes avait créé précédemment. Il s’exprime en wallon, il est plein de bon sens et ponctue souvent ses propos de proverbes qui reflètent la sagesse populaire et aussi l’humour typiquement carolorégien. Mésse Coq, « Maître Coq », lui, est un aristocrate, probablement venu d’Outre-Quiévrain, qui s’exprime dans un français ampoulé. Les deux personnages, qui pourraient être antagonistes, s’entendent fort bien, au propre comme au figuré, car Mésse Coq comprend le wallon de Coquia et ce dernier fait preuve d’une remarquable connaissance de la langue française puisqu’il assimile sans peine les discours ronflants de son comparse.
            Épisodes après épisodes où s’anime toute une basse-cour fort caquetante, d’autres personnages sont apparus pour composer un univers proche de celui des fables puisque les animaux y parlent et ressemblent fort à des humains. En outre, le bilinguisme – caricatural, on en convient – reflète une réalité linguistique qui fut longtemps la nôtre, un bilinguisme mettant en présence une langue de grande expansion – le français – et une langue régionale – le wallon. Ce type de bilinguisme, la « diglossie » comme dit Mésse Coq, mène souvent à la disparition de la langue régionale et conduit, paradoxalement, au monolinguisme. Heureusement, Coquia est là pour s’opposer à cette disparition, lui qui illustre si bien les richesses de son wallon et cela, avouons-le, avec la complicité quelque peu condescendante de Mésse Coq.
            En 2002, les « aventures » de nos deux héros furent rassemblées en un album mais comme les deux bavards impénitents ont continué leurs conversations, il se révéla indispensable de publier ce deuxième recueil : Tat’lèz mès colôs… « Bavardez mes petits coqs… »
            On ajoutera que depuis janvier 2004 les aventures des deux complices paraissent dans Èl Mouchon d’Aunia, Coquia s’y exprimant en wallon du Centre. Depuis janvier 2007, les péripéties sont publiées dans A no boutique; Coquia, devenu Coco pour la circonstance, y parle en picard tournaisien.
            Tout ceci pour démentir les propos de Mésse Coq : « Mon cher Coquia, combien il est regrettable de constater que le processus diglossique débouche inéluctablement sur un drame de la glottophagie! » Propos auxquels répond Coquia par ces quelques mots : « Pa côps, l’ batch ritoûne su l’ pourcia èt tènawète, c’èst l’ pitite bièsse qui mougne li grosse… Tèrmètant, buvons ’ne pinte ! »
Jacques Raes et Jean-Luc Fauconnier, Coquia èyet Mésse Coq, tome 2 : Tat’lèz, mès colôs…, éditions èl bourdon, Charleroi, 2007, ISBN : 2-930364-30-0.
Disponible au prix de 12,50 € à èl Môjo dès Walons, boulevard Roullier, 1, 6000 Charleroi, tél : 071 643 123, fax : 071326 929, courriel : mojodeswalons@skynet.be, ainsi que dans les bonnes librairies de Charleroi.